Pourquoi j’ai arrêté le parfum

Cela fait déjà pas mal d’années que mon geste quotidien du matin consiste à appliquer un parfum de mon choix après la toilette. Quand je dis de mon choix, c’est que j’ai pris l’habitude d’avoir 2 à 3 parfums différents pour varier les plaisirs. Plaisir me direz-vous ? Oui plaisir, tout à fait… Enfin disons plutôt à l’époque, car tout ceci a grandement changé, et je vais vous expliquer pourquoi.


homme-parfumSoirée

Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était un vendredi soir et j’arrivais chez ma copine. Le début du week-end étant officiellement commencé, c’est donc avec enthousiasme que l’on se retrouve. Installés dans le salon, on a dû discuter de notre programme à venir pour les deux jours, peut-être de certains tracas du quotidien, ou encore de petits plaisirs ou anecdotes de la semaine… Bref, jusque là rien de plus normal dans la vie d’un couple.

Sauf que… A un certain moment ma copine se lève et me dit qu’elle ne se sent pas très bien… Pour aller se réfugier dans la chambre voisine. Je vais la rejoindre pour comprendre ce qui ne va pas. Installée accroupie en tête du lit, elle me parle de maux de tête. En général quand cela arrive c’est passager me direz-vous, un doliprane et circulez, il n’y a rien à voir. A l’exception près que l’origine de son mal être en creusant un peu en l’interrogeant,… c’était moi… Explications.

Tout d’abord pour situer le contexte, à l’époque j’étais au courant de sa maladie – le MCS. Cela devait être au tout début donc, car les changements liés au MCS se cantonnaient -pour la partie personnelle- en une réorganisation de son quotidien, de ses produits cosmétiques et ceux pour se laver. Me concernant je devais limiter l’usage de mes produits actuels sans avoir à les bannir.

Prise de conscience

weekendCe soir là, se fut le tournant de ma prise de conscience que je devais changer plus radicalement mes habitudes. Je ne me rendais pas à quel point, dans certaines situations une personne atteinte de MCS peut vivre un véritable calvaire du fait de certains produits.
Car ils peuvent paraitre inofensifs, mais en réalité ils sont mauvais pour le malade MCS. Et on n’en a pas conscience facilement. Les habitudes… Même pour quelqu’un qui vit régulièrement à côté d’une personne MCS, je peux en témoigner, la maladie est assez pervers : son mal est souvent invisible. Tant que le corps de la personne MCS ne se révolte pas pour dire « stop je suis en overdose », aucun signe extérieur ne nous permet d’éviter une crise à venir qui peut durer plusieurs heures, voire plus suivant l’exposition. Seule la personne qui fuit est l’aspect le plus visible pour indiquer l’alerte rouge.

Comment cette prise de conscience a-t-elle eu lieu chez moi me direz-vous ? Tout simplement en la voyant passer le reste de la soirée confinée dans la chambre. Là je me suis dit qu’il y avait vraiment quelquechose qui ne tournait pas rond. L’origine de ce symptôme, comme vous l’aurez deviné, c’était ce petit geste du matin qui semblait si anodin : appliquer un parfum sur mon corps.

Adaptation

no-scentAujourd’hui qu’en est-il me concernant ? Tout d’abord je me suis séparé… de l’intégralité de mes parfums ! J’en vois certains sourirent, non je ne me suis pas séparé de ma copine;) Ces parfums ont été remplacés par des sticks anti-transpirant et sans parfum.

Mais savez-vous que la plupart des cosmétiques ou produits d’entretiens contiennent aussi des parfums ?

Alors j’ai revu en profondeur les produits du quotidien pour limiter l’exposition de ma copine à ce type de composants que je qualifie aujourd’hui sans hésiter de « mauvais » :
– le savon pour les mains a été remplacé par un liquide vaisselle sans parfum
– le gel douche est passé à la poubelle au profit d’une version bio sans parfum
– mon shampoing est maintenant un produit bio sans trop de composés industriels
– je n’utilise plus de gel pour cheveux
– la lessive industrielle a été substituée par une lessive sans parfum
– j’ai banni l’adoucissant pour le linge
– je n’utilise pas de lingette nettoyante en sa présence

La réglementation sur les parfums

inciSur un produit cosmétique hors parfum, vous avez accès à la liste INCI qui indique les composants chimiques utilisés.

Des applications comme Yuka vous propose de décrypter la signification de ces substances depuis Juin 2018 ou encore INCI Beauty depuis Novembre 2017.  La manière dont certaines substances sont indiquées comme toxiques par ces applications reste assez floue. Disons que ces applications permettent d’éclaircir à minima la signification des substances pour le grand public. Concernant la prévention de substances toxiques, à chacun de se faire son avis. Enfin QueChoisir propose de lister les produits toxiques contenus dans les cosmétiques, mais je le trouve un peu fouillis.

Contrairement aux autres cosmétiques, les parfums ne sont pas soumis à l’obligation légale de mentionner explicitement la composition sur l’emballage. Secret industriel me direz-vous ?
Sauf qu’on pourrait donner comme contre argument à nos chers industriels que le consommateur ne sait donc pas à quel type de produit sa peau est exposée et qu’il peut avoir des questions légitimes :
– Est-ce que ce parfum contient des substances cancérigènes ?
– Est-ce qu’il peut contenir des perturbateurs endocriniens ?
– Est-ce que cumulés à d’autres substances chimiques de mon intérieur, n’y a t-il pas un risque pour ma santé ?
Ou dit plus simplement, qu’est-ce qui me garantit que ce parfum -vanté à grand renfort de publicité durant les fêtes de fin d’année- est vraiment bon pour ma santé et mon environnement ?

L’initiative REACH

3d illustration of molecule model. Science background with molecules and atoms.On n’est pas ici -je pense- dans le cadre des parfums, mais il m’a semblé intéressant de parler de cette initiative européenne concernant l’industrie chimique.

REACH est un règlement de l’Union européenne adopté en juin 2007 pour mieux protéger la santé humaine et l’environnement contre les risques liés aux substances chimiques, tout en favorisant la compétitivité de l’industrie chimique de l’UE. Le but visé est la ransparence et de gestion des risques des produits chimiques. Dans un rapport adopté le 5 mars 2018, la Commission européenne dresse un bilan nuancé.

Vous n’en avez jamais entendu parler ? Jusqu’à présent moi non plus, je vous rassure. Preuve, je pense, que cette initiative a encore du chemin à faire pour qu’elle ait une portée à la mesure de ses ambitions auprès des industrielles et du grand public.

Le guide GreenPeace

greenpeaceJ’ai découvert lors de la rédaction de cet article que GreenPeace avait publié en 2007 un guide sur les substances chimiques de nos produits cosmétiques du quotidien. Il est dommage qu’il n’y ait pas eu de mise à jour depuis cette date et que cette démarche très intéressante n’ait pas eu l’écho dans le temps qu’elle mérite.

Sachez que la marque de mon shampoing bio se trouve dans les produits bien classés de ce guide. Et j’ai fait validé ce shampoing au moment de son achat par ma copine. Je peux vous dire que son nez ne se trompe pas en la matière ! Et retrouver dans ce guide ce type d’information concordante, me fait dire que celui-ci est à lire avec grande attention.

Aujourd’hui

calendrierCela fait maintenant quelques années que je ne mets plus aucun parfum. Celui-ci a été remplacé au profit de sticks anti-transpirant et sans parfum.

Est-ce cela a été problématique ? Absolument pas. Est-ce que j’aurais envie de revenir en arrière ? Si l’opportunité se présentait, franchement je ne pense pas : finalement est-ce que je connais l’impact sur ma santé de ce type de produit et est-ce un produit vraiment indispensable ? Pas vraiment vu l’opacité des industriels sur les composants utilisés.

Et pour vous avouer une chose : j’ai l’impression d’être plus attentif aux parfums qui nous entourent. Je pense qu’au jeu de la devinette de « qui a mis de l’assouplissant dans sa lessive », je pourrais vous trouver haut la main les candidats désignés parmi certains passants que j’ai pu croiser ces derniers temps dans la rue. En toute franchise, sentir la lessive d’une voisine de pallier me fait dire que je comprends qu’on puisse parler d’un air vivifiant en montagne quand on voit comment notre milieu urbain semble être une belle soupe chimique certains jours 🙂

Le Canada, un exemple à suivre ?

canadaAlors un monde « fragrance free » serait-il un idéal à viser dans un futur proche ?
On peut regarder en direction du Canada où l’idée semble bien plus avancée qu’en France au niveau professionnel notamment.

Pourquoi ? Essayer donc de proposer aujourd’hui le poster de l’organisme CCHST (Centre Canadien d’Hygiène et de Sécurité au Travail) dans une entreprise française… Au Canada, l’organisme propose d’utiliser ce type d’affiche pour les entreprises qui ont mis en place dans leurs locaux des espaces de travail sans parfum.

La prochaine fois que vous aurez l’occasion de rencontrer une personne MCS, peut-être aurez-vous le réflexe de vous demander : ne devrais-je pas faire une pause parfum exceptionnellement cette fois-ci pour ne pas l’incommoder ?

Du fait de la maladie de ma copine, je pense que les personnes de notre entourage font dorénavant attention à cela, et ça c’est déjà une belle étape de franchie.


 

Liens

Bonus bien marrant 🙂

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s